Une chance qu’on s’a!

 

Quoi de plus agréable que de constater l’évolution des idées et points de vue de nos enfants. J’aime provoquer la discussion avec les miens en abordant des sujets dont le but est d’ouvrir l’horizon…

Mes enfants,

Chaque époque passée a eu ses particularités, ses moments de grandes joies et ses douleurs. C’est pourquoi il est important d’interroger l’Histoire, car elle informe sur le présent en s’appuyant sur le passé. On peut ainsi établir des comparaisons et surtout relativiser. C’est justement là où je veux en venir…

Il y a quelques jours, lors d’une de nos soirées cinéma, j’ai insisté pour que l’on regarde en famille le film « De Gaulle » sur l’appel à la résistance en juin 1940. Vous me trouviez un peu intense et n’avez pas hésité à argumenter mon choix.

Non seulement, j’en avais lu d’assez bonnes critiques, mais je le faisais sciemment afin que vous réalisiez que la pandémie que nous vivons est certes pénible et contraignante à bien des égards. Dans votre cas, elle est tolérable!

Deuxième guerre mondiale, l’armée française s’effondre en quelques semaines et les troupes de l’Allemagne nazie défilent à Paris. La panique gagne le gouvernement et surtout la population. Des familles séparées fuient sur les routes de France… C’est l’exode, tous sont concernées, des jeunes, des moins jeunes et des ados en mal de liberté comme vous. Vivre la peur au ventre, sans savoir ce que demain sera. Il y eut pendant ces longues années, des millions de morts et l’horreur des camps de concentration.

Récemment, un ami m’a envoyé un petit texte qui exprimait avec justesse ma réflexion. Cela commençait ainsi: « Imagine que tu sois né en 1900… »

Si c’était le cas, vous auriez vécu votre adolescence durant l’horrible Première Guerre mondiale. Puis, vos années de jeunesse, à priori insouciantes, auraient été bouleversées par la grippe espagnole, pandémie virulente qui fit entre 50 et 100 millions de victimes.

Contrairement à la chanson d’Aznavour « Hier encore », à vingt ans vous auriez tant aimé perdre votre temps à faire des folies. Vous auriez certes quelques rides au front, mais pas pour les bonnes raisons…

À vingt-neuf ans, âge où l’on commence à penser plus sérieusement à l’avenir, vous subiriez les affres de la Grande Dépression qui ont suivi le krach de 1929 et l’effondrement de la bourse de New York.

Dix ans plus tard, de 39 à 45 ans, vous connaîtriez la Deuxième Guerre mondiale. Peut-être auriez-vous résisté comme l’a fait courageusement votre arrière-grand-père?

Je pourrais continuer avec la guerre de Corée, 1950 à 1953, puis celle d’Indochine suivie du Vietnam qui se termina en 1975. S’ajouteraient à cette liste de nombreux autres conflits meurtriers à travers le monde…

Je n’essaie aucunement de minimiser le contexte anxiogène que nous subissions depuis quelques mois. Je cherche seulement à apporter un autre éclairage afin que vous puissiez prendre du recul. Je comprends votre inquiétude et votre découragement. Le plus difficile devant l’adversité est de ne pas en voir la fin.

Se comparer pour mieux se consoler et continuer à garder espoir…

L’Histoire nous apprend qu’il y a bien pire que de passer les week-ends avec ses parents! Peut-être qu’un jour, c’est vous qui regretterez ces doux moments (forcés) en famille…

Une chance qu’on s’a!*

 

 

 

 

*Une chance qu’on s’a, chanson de Jean-Pierre Ferland

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